03/04/2025 - #Lexus
Dura Lexus, sed Lexus
Par Jean-Philippe Thery

Aujourd’hui, je vous parle de ma relation platonique avec une belle japonaise. Mais ça reste évidemment entre nous…
Je crois bien que je vais encore commettre une bêtise.
Rien de bien méchant néanmoins, puisque je m’apprête juste à acheter une maquette de plus. Mais si ça vous paraît anodin, c’est que vous n’avez aucune idée du nombre de voitures en plastoc à monter que j’ai accumulées dernièrement et de combien ça agace ma chère et tendre. Ne me demandez d’ailleurs surtout pas comme elle le fait très régulièrement, combien d’entre elles j’ai terminées : il y a bien longtemps que je suis parvenu à la conclusion selon laquelle construire des miniatures à l’échelle et accumuler des boites constituent deux hobbies totalement distincts. D’autant plus que pour revenir à ma dernière lubie -phénomène bien connu des collectionneurs compulsifs- il faut encore tenir compte du facteur aggravant que constitue son prix trois à quatre fois supérieur à celui des productions habituelles puisque n’étant pas le fait des industriels habituels -peut-être des noms comme Revell ou Tamiya vous évoqueront-ils quelque chose- mais d’une officine artisanale chinoise dont les miniatures en résine sont simultanément plus exclusives et plus onéreuses.
Il faut dire que la Lexus LC500 est une auto plutôt rare.
Si j’en crois Wikipédia, moins de 3.000 exemplaires ont en effet trouvé preneur en Europe depuis son lancement en 2017. Et les 14 à 15.000 unités circulant aux Etats-Unis représentent somme toute un chiffre modeste pour ce qui constitue normalement le marché de prédilection de ce genre d’automobile. Mais ce qui m’intéresse véritablement, c’est qu’au moins l’une d’entre elles se trouve à Berlin sous la forme d’un cabriolet à la carrosserie "Norigrün Metallic" avec capote beige joliment assortie, histoire de sortir couvert… ou pas. Il s’agit d’ailleurs à ce jour de la seule représentante de l’espèce qu’il m’a été donné de contempler, même si j’ai déjà croisé sa route à trois reprises. Et la dernière fois que je l’ai vue, c’était hier matin sur la Torstrasse que j’empruntais pour me rendre au bureau, alors que dans une de ces cogitations qu’on pratique volontiers en plein embouteillage, j’envisageais précisément d’en faire le thème de ma prochaine chronique. J’ai évidemment interprété cette rencontre qui n’avait certainement rien de fortuit comme un signe du destin, m’enjoignant de différer sur le champs tout autre sujet pour vous parler d’une voiture dont je dois bien vous avouer que je suis tombé amoureux.
Je sais ce que vous allez me dire.
Que je la connais à peine et que je ne l’ai jamais conduite. Qu’il ne m’a pas même été donnée l’opportunité d’en ouvrir la portière pour m’installer à son bord, en régler le siège, caresser le volant et manipuler les commandes à l’arrêt, comme le font les rêveurs de showroom ou de motorshow. Et qu’avec un tarif démarrant à 122.950 euros, notre histoire est terminée avant même d’avoir commencé. Vous me parlerez sans doute de son "design asiatique", de son imposante calandre ou encore du dessin tarabiscoté de ses optiques, dans une vaine tentative de la démériter à mes yeux afin de me ramener à la raison. Ce sera néanmoins peine perdue, puisque l’orientalisme de ses lignes me la rend plus irrésistible encore, alors que la grille trapézoïdale caractéristique de la marque n’a à mes yeux jamais été si joliment intégrée. Quant à la virgule au coin de ses yeux -je veux dire ses feux- elle m’évoque immanquablement le charme délicat du maquillage "cat eye" en vogue dans les années 60, que redécouvrent les jeunes femmes d’aujourd’hui.
Quand elle est apparue en 2012, j’ai immédiatement reconnu la petite sœur de la formidable LFA dans la LF-LC présentée au Salon de Detroit, laquelle semblait alors vouée aux apparitions furtives dont nous gratifient ces stars éphémères que sont les show-car de salon. Révélée en 2016, sa déclinaison de série y apportait cependant un joli démenti, tant elle restait fidèle au concept originel. Certes, la LC500 ne disposait pas de l’incroyable V10 issu de la Formule 1 propulsant celle qui reste l’unique supercar de la marque, mais elle donnait tout de même l’impression que le top-model entraperçu quatre ans plus tôt sur un podium venait d’en descendre pour rejoindre le monde automobile réel, s’étant à peine débarrassée de ses gimmicks stylistiques de salon. Et mettez-ça sur le compte de l’aveuglement amoureux si ça vous chante, mais le fait est qu’elle m’apparaît encore plus élégante et désirable ainsi.
Je sais bien que j’ai sans doute l’air un peu bébête comme ça, dans le rôle de l’admirateur éperdu. Mais que celui d’entre vous qui n’a jamais connu tel émoi me jette la première pierre, puisque nous l’avons tous endossé à un moment ou un autre, si ce n’est de façon répétée (c’est du moins tout le "mal" que je vous souhaite). Sans doute est-il d’ailleurs plus intéressant de s’interroger sur les raisons pour lesquelles certains modèles résonnent en nous plus que de raison, quand d’autres nous laissent totalement indifférents. Pourquoi cette perception-là est plus ou moins partagée et qu’il lui arrive ou non d’évoluer dans le temps. Autant de questions que je vous livre sans la moindre intention d’y apporter ne serait-ce qu’un début de réponse, mais dont la simple évocation rapproche indubitablement certaines automobiles de l’univers artistique, laissant à penser qu’il est parfois possible d’arpenter le showroom d’un concessionnaire comme on le ferait d’une salle du Louvre.
Quoiqu’il en soit, j’ai récupéré le catalogue de la LC500 (en pdf, malheureusement), et j’ai évidemment configuré "la mienne", même s’il m’a fallu pour cela me rendre sur le Website de Lexus USA. Bien que grand amateur de voitures découvrables, c’est pour le coupé que j’ai opté, afin de préserver la pureté du dessin d’un modèle dont je me suis épris sur la simple foi des apparences. Côté moteur, c’est sur le V8 de 464 chevaux que j’ai jeté mon dévolu, même si je ne snoberais sûrement pas le V6 3.5L hybride affichant 359 chevaux de puissance combinée entre propulseurs électrique et thermique. Quant à sa robe, je crois bien que je me laisserais tenter par la combinaison d’une teinte cuivre métallisé et d’un habitacle tendu de cuir et alcantara "brun Bahia", sans oublier de cocher la case "Pack Performance".
J’ai évidemment fait tout ça en vain, sachant pertinemment que je me berçais d’illusions douces-amères puisque la LC500 et moi, ça restera une histoire impossible. Cette ravissante automobile-là évolue dans un univers qui n’est décidément pas le mien, et je devrai donc me contenter de l’admirer en silence lors de trop rares et brèves rencontres, et peut-être à l’échelle si je me décide à commander son avatar version mini.
Dura Lex(us), sed Lex(us)…