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Analyse - 26/07/2019

Sur l’annonce de résultats décevants, Tesla dévisse après la fermeture de la bourse

La chronique de Bertrand Rakoto, analyste indépendant dans l’intelligence de marché et auteur du livre "La désincarnation des grandes organisations". Après plusieurs années dans l’automobile, entre autres chez RL Polk, et après avoir eu un cabinet d’analyse en France (D3 intelligence) il est désormais basé aux Etats-Unis où il poursuit son activité depuis Détroit.

L’annonce des résultats trimestriels de Tesla ont eu un effet immédiat sur le cours de la valeur puisque l’action a perdu 11%. Les pertes par action avaient été estimées à $0.40 par les analystes financiers et elles ont atteint $1.12. L’action est passée de $264.88 à la clôture, moment de l’annonce des résultats, à $235.70 à 20h heure de New-York.

L’entreprise a stabilisé ses pertes puisque le free cash-flow a augmenté de $614 millions de dollars sur le trimestre mais il convient de rester très prudent car l’entreprise a vendu 8 308 véhicules de plus qu’il n’en a produit ce qui a immanquablement un effet positif exceptionnel sur les résultats. Dans le même temps, cette manœuvre permet d’abaisser les stocks qui passent de 30 à 18 jours de ventes d’un trimestre sur l’autre (un peu moins de 15 000 véhicules en ce qui concerne la Model 3 au 30 juin).

Mais lorsque l’on regarde les chiffres de près, les doutes sur la pérennité de l’entreprise ne sont toujours pas levés. Les ventes des Model S et X poursuivent leur déclin et il n’est pas prévu de les rafraichir esthétiquement. Les annonces se poursuivent sur le Model Y prévu pour la fin d’année, en revanche, il n’y a toujours pas d’information sur le roadster ni sur le poids lourd pour lesquels de futurs acheteurs ont pourtant payé pour leurs réservations.

Le pragmatisme ne fait pas rêver
Musk semble enclin à montrer plus de sagesse quant à son utilisation des réseaux sociaux. Il faut dire que les frasques du patron de Tesla lui ont valu plusieurs mises en garde de la part des autorités américaines. Ces éléments sont importants car ils montrent la rupture entre l’entreprise et les milieux politiques. Autrefois protégé par l’administration Obama, l’actuel Président américain ne semble pas animé par un quelconque sentiment à l’égard de Musk et cette indifférence pèse lourd lorsqu’il s’agit d’une entreprise dont l’activité dépend des politiques publiques plus que du marché de l’offre et de la demande.

Musk fait preuve de plus de mesure et de réalisme quant aux perspectives. Mais ce réalisme déplaît aux spéculateurs qui alimentaient la bulle Tesla et la sanction a été immédiate. Les valeurs spéculatives ont besoin de rêve et Tesla a plus de mal à conserver ce genre de dynamique. Les annonces liées au million de robotaxis disponibles dès l’année prochaine n’ont pas eu l’effet escompté. Il faut dire que malgré ses progrès, le système Autopilot commence à accuser du retard sur les concurrents, GM en tête avec son système Supercruise.

Par ailleurs, si les finances sont plus saines et les pertes semblent être mieux contrôlées, du moins sur ce trimestre, la route est encore longue et les comptes laissent entrevoir des faiblesses nombreuses. Premièrement, les ventes ont été supérieures aux productions. Mécaniquement l’entreprise se devait d’être bénéficiaire et peine à prouver la réalité de ses gains opérationnels. Ensuite, le panier moyen est en baisse et l’entreprise ne parvient pas à maintenir son taux de marge brute qui passe de 20.2% à 18.9% d’un trimestre sur l’autre. Le recul des Model X et S ainsi que la baisse des tarifs de la Model 3 ont certainement un impact sur l’entreprise. Les efforts consentis pour l’écoulement des stocks comme la mobilisation des employés pour augmenter temporairement les forces de vente a nécessairement un impact sur l’efficacité et prouve également l’état de faiblesse de l’entreprise en matière de distribution des véhicules.

La restructuration permanente n’offre aucune efficacité
Les restructurations se poursuivent et l’entreprise souffre toujours autant d’avancer à vue en plein brouillard. Aucun plan tangible n’est déployé. Les annonces de Jérôme Guillen sur l’augmentation de la production ont du mal à être expliquées d’un point de vue industriel alors même que les cadences ne sont toujours pas stables. Les employés quittent l’entreprise par centaines chaque mois et les compétences ont du mal à être attirées par une organisation assez déstructurée qui montre plus d’intérêt pour les "quick win" que pour résoudre ses problèmes de fond.

La récente annonce sur le changement d’architecture électrique prévue pour la Model Y pourrait expliquer en partie les gains de productivité visés par le Président de l’entreprise. Mais de la même façon que par le passé, Tesla vend la peau de l’ours avant de l’avoir tué. En effet, un tel changement pourrait être un avantage énorme pour l’entreprise s’il s’avère réellement efficace sur les plans de l’assemblage, de la masse et de l’efficacité. Mais les doutes sont permis car Tesla fait preuve d’un mépris absolu au moment de tester ses solutions et implémente aussitôt les innovations sorties du bureau d’étude. Si les constructeurs traditionnels pêchent par excès de prudence, Tesla se trouve régulièrement pris au piège de ses précipitations.

Premièrement, un changement d’architecture nécessite une batterie de tests pour assurer la fiabilité de l’ensemble. Or l’entreprise est connue pour son empressement et son choix de faire de ses clients les bêta-testeurs des innovations de l’entreprise. Cela ne pose aucun problème tant qu’aucune action collective n’est pas menée par les clients ou que la justice ne se mêle pas des méthodes de l’entreprise. Deuxièmement, si ce nouveau faisceau entraîne la modification de modules sourcés chez des équipementiers, il y a des chances que Tesla s’expose au refus de certains fournisseurs de changer leur technologie ou d’exiger des participations importantes. En effet, un seul constructeur ne peut plus désormais faire la norme, c’est le consensus qui décide. Volkswagen en a fait les frais avec l’injecteur pompe. Si la solution n’est pas adoptée globalement, les coûts deviennent trop élevés pour le constructeur et pour l’équipementier. Les relations actuelles de Tesla avec ses fournisseurs ne le placent pas dans une bonne position pour négocier.

De plus, cette innovation est née d’un échec. Le constructeur ne parvient pas à stabiliser sa production et souffre de problèmes à plusieurs niveaux comme le manque de process et de formation. Plutôt que de se conformer et d’adapter le Toyota Production Système à son usine, Tesla a fait preuve de créativité et s’est inventé un nouveau faisceau pour gagner en temps d’assemblage et améliorer sa qualité. Si cette innovation s’avère efficace et économe alors une fois de plus, le constructeur aura su sortir des sentiers battus alors que l’industrie automobile rejoint Tesla avec des faisceaux intégrant des câbles et des connexions Ethernet. Enfin, GM a présenté cette nouvelle architecture électrique en l’intégrant a ses futures Cadillac CT4 et CT5 ainsi que pour la nouvelle Corvette présentée il y a quelques jours.

Des perspectives peu encourageantes
Tesla murit dans un marché de plus en plus compétitif avec des obstacles encore trop nombreux. Le marché du véhicule électrique ne décolle pas vraiment alors que l’offre s’étoffe. Les normes américaines stagnent et les chimères européennes peinent à convaincre. Il faut dire que le marché du véhicule électrique pose des problèmes à de nombreux niveaux et impose des ruptures coûteuses auxquels les décideurs proposent des réponses d’attente. Tesla poursuit sa croissance mais ne survit que grâce à des levées de fonds successives.

Le manque de prudence et de stabilité pourrait emporter ce fragile navire. Ce mercredi, Elon Musk a annoncé le départ du dernier des 4 fondateurs encore présent dans l’entreprise. JB Straubel était jusque là CTO (Chief Technical Officer) de Tesla. Il devient conseiller. La pyramide hiérarchique devient de plus en plus étroite au fur et à mesure des départs. Dans une entreprise à ce point désorganisée et dont l’efficacité industrielle, commerciale, financière et logistique reste à prouver, on peut parfaitement comprendre que les marchés financiers déchantent. Si le titre dévisse assez, cela pourrait donner l’opportunité à un investisseur d’entrer au capital et d’opérer une refonte de la totalité de l’entreprise.
Bertrand Rakoto

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Réactions

A mes petits yeux ,pas si décevants que cela 1000modele trois chaque mois en France,pas mal,par contre aucun nouveau supe chargeur en Bretagne.
alain boise, Le vendredi 26 juillet 2019

Visiblement c'est du bon...
;0)
Lucos, Le vendredi 26 juillet 2019



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